L’unique trace de ma première scolarité se résume à un petit cahier que je découvris par le plus pur des hasards dans le grenier de la maison familiale.
La première page indique mon nom suivi de mon prénom ainsi que ma date de naissance.
Au milieu de cette page de garde j’y ai inscrit et souligné en rouge « Cahier de vie », puis en bas et à droite l’année scolaire.
En ces quelques pages je constate des textes qui expriment une vie paisible, peu soucieuse du monde des adultes, des histoires du quotidien à la campagne, la vie d’un enfant quoi.
Ce n’était peut-être pas mieux ni pire que maintenant, c’était juste différent.

Un des sujets imposés parle de Noël.
Mes yeux devenus adultes se remémorent avec précision ce Noël là :

Près de la cheminée familiale, l’immense sapin rivalise de hauteur avec la vieille pendule en chêne, celle qui tomba très près de mon petit frère, un jour.
Conifère majestueux à mettre en valeur par des ersatz de décorations, ces petites douceurs égayent les cinq enfants que nous sommes ; avec ma fratrie je prends soin de mettre dans l’arbre vénéré, délicatement, une série de petites babioles.
L’époque et les finances nous imposent de classieuses et brillantes boules rouges, celles qui ne pètent pas au sol quand elles tombent ; tu penses, elles rebondissent pour le plaisir collectif dans un bruit de plastique bas de gamme.
Les guirlandes sont blanches, en nos yeux juvéniles elles représentent à la perfection la pureté de la neige enchanteresse de noël.
Dans cette création artistique tout un chacun corrige le visuel, replace ici ou là une boule, détend la courbe de cette guirlande, replace celle-ci plus haut, voilà… l’assemblée en culottes courtes s’accorde à dire que c’est joli ; la pose de l’étoile artisanale au faite du sapin est le privilège suprême, la touche finale, le Graal, la fierté de celle ou celui qui offrira au conifère sacré sa plus belle couronne, une étoile en carton recouverte de papier alu qui dominera le repas familial en ce soir heureux. De toute ma jeunesse aucune opportunité pour cette pose ultime, à mon avis je me suis bien fait niquer dans les tirages au sort.

Petit matin du 25 décembre
Réveil avec des yeux écarquillés : au pied de l’arbre trois présents par enfant.
Du moins un cadeau et une tradition identique à la fratrie : Une mandarine et 4 carrés de chocolat (au lait !). La mandarine est entourée d’un petit papier blanc très léger voire aérien, le genre de papier fragile que tu ne vois qu’à Noël, l’effet festif est immédiat. Les 4 carrés de chocolat (au lait !) sont insérés dans une petite feuille pliée avec soin, ce sont les seuls carrés de chocolat (au lait !) que tu verras avant le Noël prochain, autant dire que tu les dégustes. Ou alors tu les gardes pour le 26. Non, tu les dévores. Trop trop trop bon au réveil.

Le cadeau, le vrai, tu le découvres en constatant ton prénom manuscrit sur un petit carton blanc.
Ce carton est déjà un cadeau.
Dans le paquet… Oh ! …Mes yeux s’illuminent !

C’est le même cadeau reçu le Noël précédent, en l’occurrence un casse-bouteilles, une espèce de fusil à ressort lançant des fléchettes qui mettent en trois morceaux, jusqu’à 5 mètres si tu vises bien, des bouteilles en plastique pré-brisées (durant l’année précédente le ressort de mon fusil s’était cassé ; mes parents ayant compris mon désarroi viennent de magnifier ma journée ! ).

Je ne sais pas ce que mes frères et sœurs ont reçu, je suis trop pressé d’aller poser mes bouteilles sur la troisième marche de l’escalier du couloir et mettre dans l’embout du fragile fusil ma première fléchette.

25 décembre 1972
J’ai 9 ans, je suis le plus heureux des enfants.
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3 réflexions au sujet de « Noël 1972 »

  1. Peut etre en 2000 ou 2001 je ne sais plus, j’avais moi aussi créé un petit article sur Noel, souvenirs de jeunesse, mais contrairement à toi , ce n’étaient pas de bons souvenirs et une amie (ex-amie) courroucée, m’a téléphoné pour me demander pourquoi j’avais écrit celà :-)
    Tout simplement pour expliquer pourquoi je n’aimais pas Noel.
    Bisous Philippe. Passe de bonnes fetes de fin d’année.

  2. 8 ? 8 sur 20 ? ou 8 sur 10 ? Bon élève ?

    La Fête de Noël … La magie a disparue, je trouve. Je la ressens aujourd’hui comme une simagrée commerciale qui n’a plus rien a envié au seul petit cadeau, posé au pied du sapin, qui nous faisait palpiter le cœur et écarquiller les yeux … Enfin, je le vois comme ça, de ma fenêtre .. Peut-être suis je dans l’erreur.

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