Avant, les types comme moi ne s’aventuraient pas très loin en voiture.
J’ai une vraie tête de blonde pour lire les cartes routières et j’ai maintes fois fait demi-tours sur demi-tours en cherchant un bled un peu paumé.

Depuis peu, j’ai un GPS.
L’invention du siècle, pour le conducteur que je suis.
Le truc de ouf.
T’as juste à le brancher, l’allumer et …fin des manips !
Tu lui parles !

En sortie d’usine une phrase est programmée pour lancer les options.
Modifiable, cette phrase… et je ne me suis pas fait prier pour lui demander de
réagir à « OK Vilaine ».
Oui, parce que c’est c’est la jeune voix d’une femme que j’imagine très vilaine qui me tient compagnie durant mes périples.
Juste la voix.
Sans l’haleine.
Ce truc, tu lui dis : OK vilaine… Appeler Machin….et hop il décroche le téléphone et compose le numéro de Machin.
Ça épate le vieux con-ducteur que je suis, ça.
Mais je ne vais pas faire l’étalage de ses possibilités, juste vous raconter, dans quelques instants, une petite histoire dont je ne parlai à personne jusqu’à ce jour.

Autrefois, je demandais mon chemin tous les 5 kilomètres en campagne et tous les 200 mètres en ville.
Et les gens sont sympa, en règle générale.
Même à Paris.
Le souci, c’est que je ne sais pas retenir plus de deux indications et que TOUS, et ils sont nombreux, auxquels j’ai demandé un renseignement, m’ont donné entre une dizaine et une vingtaine de détails de route.

Ça commençait généralement par un gentil :
Non là vous n’êtes pas dans la bonne direction (c’est marrant je m’en doutais).

Et ensuite des :

… et au deuxième feu…
… et vous verrez il y a une épicerie sur la gauche…
…donc, au premier rond-point, prenez en face…
…vous ferez attention, à partir de…
…environs 5 minutes après, vous…
… restez toujours en direction de…

Mais la phrase qui m’angoissait le plus était :
Vous ne pouvez pas vous tromper !

route-trub_crayon2bois-com
J’avais reçu tout un listing de tournants à prendre, de rues à ne pas manquer, de ronds-points à enjamber, … et je ne me rappelais jamais la première indication.
Il m’a dit quoi au début ?
Au feu à gauche ?
J’ai systématiquement regardé dans le rétroviseur si mon gentil conseiller observait ma route.
Souvent non, heureusement.
Parfois oui, et je voyais des bras s’agiter en ma direction, des mains tendues vers la gauche ou la droite.
Ils devaient se dire, à raison, qu’ils avaient été abordés par un abruti.

Toulouse – 1990

Je suis en voiture et je recherche, depuis une bonne demie-heure, une grande surface dont on m’a parlé.
Toulouse à cette époque, c’est pour moi une très très très grande ville et le campagnard pas dégourdi que je suis flippe d’y circuler.

Arrêté à un feu rouge, je baisse manuellement ma vitre côté passager et fais un petit signe à un monsieur très âgé installé au volant de sa voiture très âgée également.
Monsieur âgé baisse à son tour sa vitre et je lui demande s’il connaît la grande surface en question.
Monsieur âgé acquiesce et me dit que ce n’est pas très loin, qu’il peut m’y conduire si je le souhaite.
Et penses-tu que je le souhaite !

Monsieur âgé – :  Vous allez me suivre jusqu’à [endroit] et ensuite vous prendrez la rocade sur votre gauche  alors que moi je tournerai à droite. Je vous ferai un signe. Ensuite la grande surface est bien indiquée.

Je le remercie chaleureusement et le suis sur quelques kilomètres.
La circulation est rapide et très dense, je peine à rester derrière lui.

Puis, Monsieur âgé met son clignotant à droite, sort son bras du véhicule, m’indique la direction de la rocade, sur la gauche.

Petit klaxon de remerciements de ma part, je pense qu’il tente à son tour de me répondre :

Alors que pris par le flot des véhicules, je ne peux plus ralentir, je vois dans mon rétroviseur la voiture de Monsieur âgé dont les essuies-glaces se mettent en route, puis les phares, puis un coup de klaxon, puis une embardée sur la gauche, puis voiture âgée frotte une, puis deux voitures !

J’ai bien essayé de revenir rapidement sur les lieux pour prendre de ses nouvelles, je n’ai jamais retrouvé l’endroit.
Ni trouvé la grande surface.

Un boulet.

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